Sauver un des derniers jardins de curé du 17ème siècle...

"Il y a deux ans nous avons acquis une maison dans le village de Haute Isle.
Cette maison était l'ancien presbytère de l'église troglodytique .
Dans cette commune en 1670 le neveu du poète Boileau , Nicolas Dongois , 
a fait construire à ses frais une église, un presbytère,  et un jardin de curé ...

Nous avons restauré par nos propres moyens le presbytère dans le plus grand respect du lieu .
Juste en face il y a le jardin , non attenant , clos de mur , en espaliers qui était le jardin du curé ...
Après avoir passé plusieurs mois à déblayer ce jardin envahi par la végétation,
nous  avons découvert des escaliers et des murets  ainsi qu' un système de répartition d'eau, 
provenant des gouttières du Presbytere.
La vue depuis les terrasses est d'une rare beauté et  donne sur le donjon du château de la roche Guyon ainsi que sur les falaises de craie …

les murets aujourd’hui  sont en partie écroulés et nous avons besoin d'aide pour les restaurer ...

Le paysagiste Thierry Huau s’est intéressé a notre projet ."


Le  jardin 

du curé 

de

  Haute Isle ...

 


LE PRESBYTÈRE ET SON JARDIN DE CURÉ 

À HAUTE-ISLE, 

VILLAGE DU VEXIN-LE-FRANÇOIS 

 

 

POURQUOI S’Y INTÉRESSER ? 

 

Une histoire bien particulière ou la petite histoire croise la grande histoire 

Le presbytère et son jardin dit de curé, à Haute-Isle, a une histoire très particulière sinon romanesque ou mystérieuse. Elle permet de rentrer dans la grande histoire du site (La Roche-Guyon, Boileau et son neveu Nicolas Dongois seigneur d’Hautile et de Chantemesle), par la petite histoire, celle d’un presbytère et de son jardin. 

 

Dégagés de  leur « gangue » le presbytère et son jardin achetés récemment, offrent au « curieux » l’art et la manière de redécouvrir un village, Haute-Isle, son histoire et sa vie à l’époque de Nicolas Boileau. Ce dernier, poète, écrivain et critique du temps du Roy Soleil aimait s’y promener en allant voir son neveu, Nicolas Dongois, seigneur de ces lieues. 

 

Le bâtiment du presbytère, ses différents espaces dans la falaise et les quatre terrasses du jardin situées en face révèlent une organisation spatiale toute tournée vers une économie autarcique d’un petit fermier bien nanti. 

 

Cette situation bien intrigante est l’iceberg d’un patrimoine à sauver.  

 

APRÈS L’ÉGLISE TROGLODYTHE L’UNITÉ DU PRESBYTÈRE ET DE SON JARDIN EN TERRASSES SE RÉVÈLENT ÊTRE UN ACTEUR PRINCIPAL DE L’HISTOIRE DE CE VILLAGE. 

 

Un village charmant et pittoresque 

« Village charmant assis sur les côteaux qui longent la rive droite de la Seine, entre les bourgs de Vétheuil et de la Roche-Guyon », il a la caractéristique de ne pas s’installer à plat de la falaise, mais d’entailler son flanc à vingt mètres de sa base. Les maisons s’adossent en file indienne le long d’une demie-rue unique. Elles bénéficient ainsi de cinquante kilomètres carrés de vue sur la grande boucle de la Seine. De nombreuses sources ont permis d’alimenter ses maisons. Ce n’est pas sans raison que Boileau dans l’épître VI de son ouvrage indique : 

« L’habitant n’y connaît ni la chaux, ni le plâtre 

Et dans le roc qui cède et se coupe aisément, 

Chacun sait de sa main creuser le logement ». 

 

Des « boves » à l’image de maisons troglodytes du Val de Loire 

Ces habitations troglodytes accompagnées des espaces indispensables à l’activité agricole ont été habitées pratiquement jusqu’à nos jours. Une de ces bove révèle les traces d’une petite chapelle probablement au centre du village d’origine. Une église troglodyte dédiée à l’Annonciation est une des seules de ce type en Île de France. 

 

Le presbytère fait partie de la file indienne, le long de la rue, des maisons perpendiculaires au coteau crayeux. Il s’appuie lui aussi sur une « bove » dont les différentes traces indiquent l’organisation d’une activité de petite agriculture (cave, anneau pour le cheval, traces escaliers vers d’autres remises en hauteur dont la façade avec le temps s’est usée et a disparu, traces de pigeonniers, poulailler, bauge à cochon, fruitiers, grange, étable…). 

 

Des petits espaces agricoles 

Ces espaces en face des maisons de l’autre côté du chemin d’accès et qui est devenu une route racontent l’histoire grégaire de ce petit village, en particulier, la structure du jardin de curé. Les quatre terrasses clôts de murs avec captation de source canalisée sous le chemin, maintenant la route n’étaient probablement pas usuel à l’époque, chèvres et moutons pâturant dans ces coteaux. 

 

Une histoire d’église trop éloignée, peu accessible et dangereuse pour les villageois. 

Cette histoire sera à l’origine d’une nouvelle église et l’installation conséquente d’un nouveau curé avec presbytère et jardin en terrasses. En effet, pour accéder à l’église, il fallait affronter sur la pente de la falaise et du coteau des chemins étroits et dangereux. Il y eu de nombreux  morts. De plus le transport des morts sur le dos  pour les enterrer dans le cimetière de l’église exposait les croque-morts à de grands dangers, surtout en période de grands froids. Les villageois revendiquèrent une église proche. Ce qui fut fait par la construction d’une église troglodyte avec son cimetière.  

 

Selon la règle de l’époque, le seigneur de ce territoire, neveu de Boileau, se devait de pourvoir cette nouvelle église d’un curé. Cet homme n’entendait pas prendre en charge le curé sur de longues années, assumer les frais de la « cure » pour toujours. 

 

Il dota donc le curé, non seulement d’une belle « cure » pour représenter correctement son rang, mais d’une structure vivrière lui permettant de vivre décemment. Une fois cet investissement fait, le curé devait se « débrouiller ». Il y eut bien quelques fâcheries au sujet de la fourniture du vin de messe à partager entre trois curés, mais l’histoire s’arrêta là. C’est dans la falaise que furent creusés hangar pour le matériel, abri pour le cheval, stockage, matériel pour le vin de messe et le petit éco pour le curé, poulailler, bauge pour le cochon, stockage du foin en hauteur, pigeons… 

 

En face, l’organisation de la pente en quatre terrasses permettait, selon la tradition des jardins de curé, de fournir légumes et fruits du potager (légumes en terrasses et toutes les « verdure » à l’image du potager du roi pour la cour), plantes médicinales pour soigner le curé, plantes aromatiques, pommes et poires des arbres palissées sur les murs du clôt. Sans oublier la pergola de muscat pour les nourritures de l’âme du curé, lui permettant à la fraiche de méditer ou de lire son bréviaire. Les fleurs pour l’église n’étaient pas oubliées : les cœurs de Marie (Lamprocarpus spectabilis, les chapeaux ou souliers du bon dieu (l’ancolie), les croix de Jerusamem (Lychnischalcedonica), les étoiles de Bethléem (Ornithogalum arabicum)… 

 

Un promeneur prestigieux Boileau 

Il aimait se promener dans ce village quand il venait voir son neveu, seigneur de ce territoire. Sûrement pour se reposer des chamailleries de la cour du roi soleil, de ses fastes et ballets musicaux où le clavecin, en maître marquera l’univers musical de Louis XIV. 

 

Hasard de l’histoire ou malice du destin 

Le presbytère et son jardin de curé est occupé maintenant par une claveciniste Armelle      . 

Les notes de ses clavecins replongent le village dans le contexte du temps de Boileau, réaniment par des concerts intimes l’église troglodyte. 

 

SAUVER LE JARDIN DE CURÉ 

Mais il s’agit pour l’instant de réhabiliter et restaurer le jardin de curé qui demande, avant plantations des travaux importants de structures. En effet, envahi d’arbres et de broussailles durant plusieurs générations, après défrichage, il se révèle qu’il faut : 

  • remonter les murs qui entourent les quatre terrasses
  • consolider le mur qui donne sur la rue
  • consolider les terrasses et refaire celles qui se sont effondrées
  • redessiner le jardin de curé
  • replanter
  • entretenir
  • animer

 

Pour ce faire, il devient essentiel de trouver des moyens pour faire revivre ce jardin. 

Ce sont bien des moyens financiers qu’il faut trouver en investissements et en fonctionnement. Ce projet est en lien avec la mémoire et l’identité d’un territoire (le village d’Haute-Isle) 

 

STRATÉGIE DE DÉVELOPPEMENT POUR SAUVER LE JARDIN DE CURÉ 

 

Une première étape 

  • Refaire et remonter les murs et les terrasses 
  • Redessiner le jardin

 

Une seconde étape 

  • Signalétique, panneaux pédagogiques
  • replanter
  • créer un premier événement

 

Nature du projet 

Réhabilitation d’un jardin de curé 

Françoise Le Noble Prédine
 ( Développeur social et culturel)






"Un jardin ne vit que par le regard plus ou moins aimant qui se porte sur lui. 

Le jardin du presbytère de Haute-Isle a la chance d’avoir croisé la route de deux êtres particulièrement attentifs.

Des artistes, sensibles donc, une aubaine pour lui dont les escaliers, les terrasses et leur ingénieux système de récupération des eaux de pluie s’asphyxiaient sous des décennies de ronces et de murs par endroits écroulés.

Quand j’y suis entré pour la première fois, c’est évidemment la vue qui m’a coupé le souffle, intemporelle, sur La Roche-Guyon au loin et le donjon de son château. 

Je me suis cru dans une gravure du XVIIIe siècle.

Les visions se sont enchaînées, de fruits, de légumes, de fleurs, d’insectes qui butinent en tous sens, de récoltes, de bonne vie.

Oui sauver ce jardin aurait du sens, comme arrêter, un peu, du temps qui file." 



Michel JOURDHEUIL 

Chargé de mission pour les parcs et les jardins
Conseil départemental du Val d'Oise
Mai 2019




Le jardin  avant ...

Le jardin aujourd'hui

Nous  aimerions intéresser à notre projet une école de paysage  afin que des professionnels puissent  y donner des cours de jardinage, des conférences etc.



Le Jardin demain ...

 Haute Isle  et 

Nicolas Boileau  

C’est un petit village ou plutôt un hameau,
Bâti sur le penchant d’un long rang de collines,
D’où l’œil s’égare au loin dans les plaines voisines.
La Seine, au pied des monts que son flot vient laver,
Voit du sein de ses eaux vingt îles s’élever,


Qui, partageant son cours en diverses manières, 
D’une rivière seule y forment vingt rivières. 
Tous ses bords sont couverts de saules non plantés, 
Et de noyers souvent du passant insultés. 
Le village au-dessus forme un amphithéâtre : 
L’habitant ne connoit ni la chaux ni le plâtre ; 
Et dans le roc, qui cède et se coupe aisément, 
Chacun sait de sa main creuser son logement. 
La maison du seigneur, seule un peu plus ornée, 
Se présente au dehors de murs environnée. 
Le soleil en naissant la regarde d’abord, 
Et le mont la défend des outrages du nord. 
C’est là, cher Lamoignon, que mon esprit tranquille 
Met à profit les jours que la Parque me file. 
Ici, dans un vallon bornant tous mes désirs...

Le Plan du Géomètre 





Tout le monde ici, à Haute-Isle, connaît le vieux presbytère qu’Armelle Roux et Guy Vivien ont sauvé et merveilleusement restauré. Mais qui connaît son jardin en restanques ? On l’aperçoit pourtant depuis la route. On y pénètre par une vieille porte dans un grand mur un peu penché, juste en face du presbytère, et c’est alors qu’on découvre la beauté de ce qu’il fut jadis, avec ses réserves d’eau, ses arbres fruitiers, dont il reste quelques vestiges, figuiers, pruniers, pêchers, et sa vue imprenable sur La Roche Guyon d’un côté, dont on aperçoit le château couronné par son donjon, et de l’autre, les falaises impressionnistes de Vétheuil qui bordent la Seine. Armelle et Guy ont décidé de le sauver lui aussi, et même, de lui redonner un air de jeunesse, de le rendre à ce qu’il fut, il y a longtemps, un jardin enchanté ouvert sur les champs qui bordent notre fleuve. On souhaite qu’ils trouvent les aides qu’ils méritent pour redonner à ce petit coin de paradis toute sa noblesse.



                                                                                       Martin PROVOST

L'environnement 

Dans le chœur de l'église troglodytique,  sur la paroi Nord, à gauche se détache une pierre gravée  en 1670  et dont l'inscription nous rappelle que nous devons l’église, la sacristie, le retable, le presbytère au Sieur Nicolas Dongois et à son épouse Françoise Le Marchand.

L'Église de Haute Isle par  Guy Vivien.